Accueil Date de création : 03/04/08 / Dernière mise à jour : 06/04/08 13:41 / 5 articles publiés

-Mystic River-  posté le samedi 05 avril 2008 13:12

Mystic River est un film réalisé par Clint Eastwood, sorti en 2003.

Synopsis

Ce qui suit dévoile des moments clés de l’intrigue.

Jimmy, Sean et Dave sont trois amis d'enfance, mais un jour Dave est enlevé par deux pédophiles sous les yeux de ses deux amis impuissants. Les ravisseurs abusent de Dave pendant quatre jours jusqu'à que ce dernier réussisse à leur échapper. Une vingtaine d'années plus tard, alors que les trois amis ont suivi des voies différentes, leurs chemins vont à nouveau se croiser lors d'un autre événement tragique : le meurtre de Katie, la fille de Jimmy.

Fiche technique

  • Titre : Mystic River
  • Réalisation : Clint Eastwood
  • Scénario : Brian Helgeland, d'après le roman de Dennis Lehane
  • Production : Clint Eastwood, Judie Hoyt, Robert Lorenz et Bruce Berman
  • Société de production : Warner Bros. Pictures
  • Budget : 30 millions de dollars
  • Musique : Clint Eastwood et Kyle Eastwood (chansons Cozmo et Black Emerald Blues)
  • Photographie : Tom Stern
  • Montage : Joel Cox
  • Décors : Henry Bumstead
  • Costumes : Deborah Hopper
  • Pays d'origine : États-Unis
  • Format : Couleurs - 2,35:1 - DTS / Dolby Digital / SDDS - 35 mm
  • Genre : Drame, thriller
  • Durée : 137 minutes
  • Dates de sortie : 23 mai 2003 (festival de Cannes), 15 octobre 2003 (Belgique, États-Unis, France, Suisse)
  • Film interdit aux moins de 12 ans lors de sa sortie en France, et aux moins de 14 ans en Suisse (canton de Genève) et au Canada

Distribution

  • Sean Penn (VF : Emmanuel Karsen) : Jimmy Markum
  • Tim Robbins (VF : Bruno Choel) : Dave Boyle
  • Kevin Bacon (VF : Philippe Vincent): Sean Devine
  • Laurence Fishburne (VF : Paul Borne) : Sergent Whitey Powers
  • Marcia Gay Harden (VF : Maïté Monceau) : Celeste Boyle
  • Laura Linney (VF : Ivana Coppola): Annabeth Markum
  • Eli Wallach : Mr. Loonie
  • Kevin Chapman (VF : Philippe Peythieu) : Val Savage
  • Tom Guiry : Brendan Harris
  • Emmy Rossum (VF : Agathe Schumacher) : Katie Markum
  • Spencer Treat Clark : Silent Ray Harris
  • Andrew Mackin : John O'Shea
  • Adam Nelson : Nick Savage
  • Robert Wahlberg : Kevin Savage
  • Jenny O'Hara : Esther Harris
  • John Doman : Driver
  • Jonathan Togo : Pete

Autour du film

  • Sean Penn a reçu l'Oscar du meilleur acteur pour son interpétation de Jimmy Markum.
  • Tim Robbins a reçu l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation de Dave Boyle.
  • Le film a obtenu le César du Meilleur Film étranger.
  • Eastwood fait tourner deux de ses actrices fétiches : Laura Linney, six ans après Les Pleins pouvoirs et Marcia Gay Harden, trois ans après Space Cowboys. Celles-ci se retrouveront l'année suivante dans P.S.

Tournage

Le tournage a eu lieu entre le 26 septembre 2002 au 17 novembre 2002.

                                                        (Source : wikipédia)

 


ON ENTERRE NOS PECHES,

ON NE LES EFFACE PAS

 

Nouvelle merveille signée Clint Eastwood et adaptée du roman éponyme de Dennis Lehane, Mystic River est une tragédie profondément américaine, s’interrogeant sur les marques que laisse un acte de violence sur sa victime et son environnement. Au premier plan, un meurtre; celui de Katie, la fille de Jimmy Markum – interprété par Sean Penn. Composant tout en finesse, Penn incarne parfaitement ce personnage torturé par une douleur intense, dont il est contraint d’accepter les conséquences. Alors qu’il essaye de l’apprivoiser, il se laisse consumer par un désir obsessionnel de vengeance qui ne sera assouvi qu’une fois qu’il aura trouvé et tué le coupable. Pour mener l’enquête: Sean Devine (Kevin Bacon qui signe une prestation sobre, intériorisée, remarquable et déconcertante), le seul des trois camarades à avoir quitté leur quartier d’enfance. Reconverti en inspecteur de police criminelle, sa vie se résume à aller d’un corps ensanglanté à un autre, tel un vampire monotone. En toile de fond, un viol; celui de Dave Boyle. Secret, renfermé, toujours sur la défensive, le trauma qu’il a subi dans son enfance l’a transformé en zombie errant. Jouant de son physique, Tim Robbins apporte une certaine humanité à ce personnage totalement anéanti. Ces trois protagonistes sont inévitablement liés par ces drames. Ils subissent chacun de leur côté une lente torture, sorte de maladie incurable révélée lors de l’enlèvement de Dave, et qui s’est étalée sur vingt-cinq longues années. Le passé qui les hante rattrape soudain le présent dans lequel ils se débattent pour se créer un avenir incertain. Comme dans Impitoyable, la fatalité dévastatrice guide les héros sur une voie sans retour. Se transformant en personnages "eastwoodiens" par excellence, ils doivent apprendre à composer avec les aléas de la vie, l’âge et leur entourage.

 

 

 

 

 

 

 

Derrière ces trois fantômes humains, trois femmes s’activent dans l’ombre pour essayer de prendre part à leur existence, voire dans certains cas la diriger. Lauren Devine (Tory Davis) a quitté son mari et le harcèle jour et nuit par téléphone. Rarement présente physiquement - ni même oralement puisqu’elle reste inlassablement muette derrière le combiné - elle représente une agression morale pour Sean, le consumant peu à peu, le laissant en proie à tous les doutes et idées noires qui le rongent. Annabeth Markum et Celeste Boyle ont dans un premier temps une fonction de liant entre leurs deux maris. Cousines germaines issues d’une grande famille mafieuse, elles établissent un double lien entre les deux hommes qui ajoute une tension supplémentaire à leur relation. Annabeth Markum (surprenante Laura Linney) est un personnage à fort caractère. Fière, toujours sur ses gardes, elle a une influence primordiale sur son mari, allant jusqu’à prendre contrôle de la situation face à l’épuisement et l’égarement de Jimmy. Telle une Lady McBeth (à noter l’analogie des noms) elle l’élève au statut de roi dans un monologue final étourdissant. A l’opposé, Celeste Boyle, interprétée tout en nuance par la talentueuse Marcia Gay Harden, se voit submergée par les évènements. Face à un mari absent et énigmatique, avec lequel toute communication est impossible, elle est obligée de faire marcher son imagination, causant sans le vouloir la perte de celui qu’elle tente de protéger. Alors qu’elle n’a pas vécu, ni même eu connaissance, de l’épisode traumatique qui a volé la jeunesse de Dave, Jimmy et Sean, elle en est l’une des victimes au même titre qu’eux.


THERE ARE STORIES A RIVER CAN TELL

 

Gardienne de tous ces secrets, à la fois menaçante et accueillante, la Mystic River du titre coule en arrière plan de l’œuvre. Symbole de Boston, elle cache en elle toute la violence de cette ville, qui apparaît peu à peu comme un élément déterminant de l’intrigue. Le quartier d’enfance des trois hommes, dans lequel habitent toujours Dave Boyle et Jimmy Markum, est marqué dès le début du film par un esprit communautaire très fort. C’est un lieu qui a sa propre conscience, sa propre identité, ses propres lois, le tout conditionnant l’existence de ses habitants. Il devient un protagoniste à part entière, un microcosme oppressant qui joue un rôle significatif dans les rapports entre les trois anciens camarades. Dans cette optique, le personnage de Whitey Powers (Laurence Fishburne) se pose comme un observateur de cette communauté et des évènements qui la bouleversent. Policier noir américain débarqué en territoire irlandais dominé par la mafia, il représente l’étranger venu de nulle part pour dénouer une situation conflictuelle que l’on retrouve dans la plupart des films du réalisateur. C’est grâce à sa complicité subtile avec son partenaire Sean Devine qu’il parvient à accéder à ce monde fermé. Tout en restant objectif, il essaye de comprendre et de découvrir les secrets que cache cette Mystic River.


Pour compléter cette ambiance bostonienne véhiculée aussi bien par les rapports entre les personnages que par leur accent, Clint Eastwood a créé une certaine atmosphère de décadence, soulignant l’aspect dramatique et mystique de la situation. L’automne précoce de la Nouvelle-Angleterre avec ses chutes de feuilles, son froid glacial et ses pluies incessantes apportent à l’action ce climat particulier de décrépitude. Les robes légères de première communion laissent place aux lourds manteaux sombres d’hiver. Le climat suit l’intrigue, imprègne ses personnages. Les jours raccourcissent, ne laissant bientôt place qu’au crépuscule et à ses fantômes. Ce dernier point est accompagné par un travail très précis de Tom Stern (le chef opérateur) sur les éclairages. Alors que Sean Devine et Whitey Powers avancent dans leur enquête mettant à jour tous les secrets du quartier, la lumière s’assombrie. La nuit tombe sur un nouvel acte de violence, remettant en route le cercle inexorable du destin. Cette importance de la luminosité est un point récurrent dans la carrière de Clint Eastwood. Tous ses films sont chargés d’un jeu incessant avec les éclairages comme éléments constitutifs d’une ambiance particulière.


LE CLASSICISME DE LA NOUVEAUTE

Cette intrigue puissante à la texture complexe est merveilleusement accompagnée par une réalisation classique et épurée. Signant une mise en scène limpide, permettant de suivre le moindre rebondissement, Clint Eastwood pousse son art jusqu’à ses limites, sans jamais tomber dans le trop-plein de sentiments ou le surplus d’effets. En témoigne le dénouement de la sublime scène d’affrontement entre Dave Boyle et Jimmy Markum. Un éclat de lumière blanche pour résumer en un électrochoc tous les tenants et aboutissants du drame que viennent de vivre ces personnages. Il propose un travail d’une grande virtuosité sur la valeur des cadres et l’enchaînement des plans. Alors qu’il filme une histoire intime, il garde une certaine distance par rapport à ses sujets, jouant sur l’alternance entre proximité et éloignement. A de nombreuses reprises, il filme certaines scènes en prises de vues aériennes comme pour signifier un œil extérieur omniscient, un être suprême qui dirigerait le destin de tous ces individus. Une marque de réalisation caractéristique du cinéaste. S’étant contenté de rester derrière la caméra, le maître fait également preuve d’une direction d’acteurs irréprochable. Chaque réplique sonne juste, chaque mouvement est à sa place. Le tout est accompagné d’une sublime musique en totale adéquation avec le sujet, écrite et interprétée par Clint Eastwood lui-même et son fils Kyle. Une unité qui fait de Mystic River un réel chef d’œuvre, et sûrement l’un des meilleurs films du réalisateur.

                                    Julie Anterrieu

 


 
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-Old Boy-  posté le jeudi 03 avril 2008 17:13

Old Boy est un film réalisé par Park Chan-wook, sorti en 2003.

Synopsis

« Ris, tout le monde rira avec toi. Pleure, tu seras le seul à pleurer »

Alors qu'il s'apprêtait à fêter l'anniversaire de sa fille, Oh Dae-su est arrêté par la police pour ivresse sur la voie publique. Arrivé plus tard, son ami d'enfance Joo-hwan persuade les policiers de le laisser repartir. Mais sur le chemin du retour Oh Dae-su est enlevé. Il est ensuite séquestré, sans savoir par qui ou pourquoi, avec pour seul lien avec l'extérieur une télévision. Relâché 15 ans plus tard, toujours sans explication, Oh Dae-su est contacté par le commanditaire de son enlèvement. Celui-ci lui propose alors de découvrir les raisons de son incarcération, lui laissant pour seul indice ce proverbe : « le caillou et le rocher coulent dans l'eau de la même façon. » Abandonné à lui-même, il a 5 jours pour découvrir la vérité.

Commentaires

Il faut le savoir, c'est un film dur, qui n'hésite pas devant certaines scènes relevant du sadisme et où la perversion se montre présente autant au niveau du scénario que sur un plan visuel. En dépit de ce climat très lourd, la violence est omniprésente, certes mais jamais gratuite, racoleuse ou hyper esthétisante.

Habilement, Park Chan-wook coupe juste avant les visions les plus traumatisantes ("Les gens tremblent car ils imaginent. N'imaginez pas et vous serez plein de courage" dit un "vilain" à Dae-su alors que celui-ci se retrouve dans une situation critique).

Mais ramener Old Boy à ces quelques scènes serait très limitatif. Le film repose en effet avant tout sur un scénario réellement intéressant, touchant à quelques tabous et qu'une mise en scène largement inventive et spectaculaire sans être démonstrative illustre fort bien, multipliant les différents angles de prises de vue, alternant gros plans et profondeur de champ quand ce n'est pas en les associant ou par quelques judicieuses incrustes.

L'extrême sentiment d'absurde qui hante l'entame du film, symbolisé entre autres par cette vision trompe l'œil d'une fenêtre donnant sur un paysage campagnard orné d'un moulin permettra par la suite, même en mode mineur, de maintenir un suspense véritable débouchant sur quelques rebondissements assez surprenants. Le film est entièrement vu du point de vue de Dae-su, le spectateur progresse avec lui, ce qui signifie aussi qu'il reste dans le brouillard à la recherche d'explications pendant la plus grande partie du film. Comme lui, il s'interroge par exemple sur la véritable personnalité de la jeune Mido, sortie de nulle part et décidée à devenir son alliée.

Old Boy est le deuxième volet d'une trilogie consacrée au thème de la vengeance. Mais ici la vengeance se double d'une enquête, le "Pourquoi ?" restant indissolublement lié à la démarche vengeresse de Dae-su. Double quête donc. Le volet "recherche de compréhension" semble toujours prêt à tantôt freiner, tantôt accélérer celui de la pure vengeance.

À ces deux thèmes s'ajoutent ceux de la solitude et de la monstruosité engendrée par le désir de vengeance et la violence que celle-ci génère forcément, enfermant celui qui en est l'esclave dans un étau dont il ne peut s'extraire ("Chercher à me venger est devenu une partie de moi-même" confie Dae-su à Mido). Sans oublier d'autres points importants tels que l'égoïsme, la rumeur et ses conséquences, les pulsions sexuelles. Le scénario s'avère donc riche et subtil, préservant sans problème les révélations finales.

Si les trois principaux personnages paraissent manquer un peu de profondeur psychologique, la découverte de leurs actions passées et l'exposition de leurs comportements présents permettent au spectateur de construire lui-même le portrait mental des protagonistes. Les nombreuses zones d'ombre qui demeurent ont plus pour effet de renforcer l'impact du film par les questions qu'elles soulèvent, que le contraire. Park n'a pas choisi de tenir la main du spectateur tout au long de son film et on lui en sera redevable.

La mise en scène pour spectaculaire qu'elle soit parfois, n'existe pas juste pour elle-même mais reste au service de l'histoire. Si toutes les scènes dans la chambre/cellule sont très réussies, la qualité de la réalisation ne faiblit pas par la suite et le film contient au moins un plan-séquence que certains n'ont déjà pas hésité à présenter comme d'anthologie : un combat certes hautement improbable à 1 contre 20 dans un étroit et long couloir verdâtre, filmé en travelling latéral très efficace et où, une fois encore, l'humour existe, notamment dans sa conclusion. Cet humour, il arrive souvent là où on ne l'attend pas et le spectateur se souviendra de cette question posée deux fois par Dae-su à lui-même, dans deux contextes très différents : "Est-ce qu'un entraînement imaginaire de 15 ans est efficace ?" Les réponses ne sont pas forcément les mêmes à chaque fois et le rire du public débouche de scènes que l'on aurait vues ailleurs esthétisées à fond et durant trois fois plus longtemps.

Le film bénéficie de très belles partitions musicales de Jo Yeong-wook, souvent d'inspiration classique mais qui savent alterner avec des rythmes plus modernes, toujours en parfaite harmonie avec les lents et élégants mouvements de caméra, notamment de grue (beaucoup de plans filmés en plongée) ou, au contraire, accompagnant une action dont le rythme s'emballe. La musique ne fait pas que suivre le propos, elle vient parfois se placer en parfait contre-point, soulignant par exemple l'absurdité d'une situation.

Distribution 

          Choi Min-sik : Oh Dae-soo

          Yoo Ji-tae : Lee Woo-jin

               Kang Hye-jeong : Mi-do

               Kim Byeong-ok : Mr Han

               Ji Dae-han : No Joo-hwan

               Oh Dal-su : Park Cheol-woong

               Lee Seung-shin : Yoo Hyung-ja

               Yun Jin-seo : Lee Soo-ah

               Oh Kwang-rok : l'homme qui se suicide

 

Autour du film

Oldboy est au départ un mangade Minegishi Nobuakiet Tsuchiya Garonen huit volumes, sorti en 1997. Le producteur Kim Dong-joo en a racheté les droits d'adaptation pour moins de 11 000 euros.

  • Oldboy est le deuxième opus d'un triptyquesur le thème de la vengeance, initié en 2002 avec Sympathy for Mr. Vengeanceet clôturé en 2005 avec Lady Vengeance.
  • Quatre poulpesvivants ont été mangés par Choi Min-sik pour la scène du bar à sushi, une scène qui a provoqué une certaine polémique à l'étranger. Manger du poulpe vivant est banal en Corée, mais il est quand même habituellement d'abord découpé en tranches. Quand le film a remporté le Grand Prix à Cannes, le cinéaste a tenu à remercier les poulpes en plus de l'équipe.
  • La dernière scène, qui se déroule dans un lieu enneigé, a été tournée en Nouvelle-Zélande.
  • L'homme au chien qui se suicide au tout début du film est interprété par Oh Kwang-rok, qui jouait déjà un personnage d'anarchistetout à la fin de Sympathy for Mr. Vengeance. Il fait aussi partie d'une des familles des victimes dans Lady Vengeance.
  • Un remakeaméricain devait être réalisé par Justin Linen 2006, mais le projet a en fin de compte été annulé.
  • Un remake indienappelé Zindasortit en 2005, réalisé par Sanjay Gupta, mais il ne s'agit pas d'un remake officiel et ni Park Chan-wook ou Tsuchiya Garon ne sont crédités.
  • Avant la fusillade de l'Université Virginia Tech, Cho Seung-Huia envoyé à la NBCune photo de lui tenant en ses mains un marteau, comme Oh-Daesu sur l'affiche du film; un rapprochement fait par la presse.

 

Distinctions

       

  • Prix du meilleur film étranger lors des British Independent Film Awardsen 2004.
  • Sélection officielle et Grand prixlors du festival de Cannes 2004.
  • Audience Award lors du Festival du film de Stockholmen 2004.
  • Prix du meilleur film, lors du Festival international du film de Catalogneen 2004.
  • Prix du meilleur acteur (Choi Min-sik), meilleur réalisateur, meilleur montage (Kim Sang-beom), meilleur éclairage et meilleure musique, lors des Grand Bell Awardsen 2004.
  • Prix du meilleur film asiatique lors des Hong Kong Film Awardsen 2005.

                                                                  (Source : Wikipédia)

L’ange exterminateur

PORTRAIT DE PARK CHAN-WOOK


Révélé au grand public par ‘Old Boy’, Grand Prix du Jury l’année où Tarantino présidait Cannes, Park Chan-wook est un réalisateur polymorphe dont le style déroute. Toujours là où on l’attend le moins, après s’être fait un nom dans le cinéma noir, il s’essaie maintenant à la comédie décalée avec ‘Je suis un cyborg’. L’occasion de revenir sur l’un des cinéastes majeurs de la nouvelle vague sud-coréenne.

La rage des désespérés



Affectionnant les personnalités multiples et habité d’un goût certain pour le bizarre,Park Chan-wookdote tous ses films de configurations extrêmes où il montre la réversibilité des êtres et du monde. Il filme les inadaptés, qu’ils soient fous, détenus, handicapés ou chômeurs. Seul‘Joint Security Area’semble déroger à la règle. Réalisé sur commande en 2001, c’est ce film qui lui a permis d’avoir les fonds nécessaires pour sa trilogie de la vengeance, projet qu’il mijotait depuis un moment sans trouver de financement. Mais à y regarder de plus près, ‘JSA’ soulève la même question de la perception : pourquoi devrais-je haïr cet homme ? Parce qu’on me dit de le faire, parce qu’il est mon bourreau ? Mais qui est alors la victime ? Ici, le biais est politique, puisqu’il s’agit d’un Nord-Coréen qui se lie d’amitié avec l’ennemi, qu’il voit chaque soir en secret dans la zone de sécurité qui divise le pays en deux.

 

Cette question trouve un écho, social cette fois, dans ‘Sympathy for Mister Vengeance’, où le magnifique Song Kang-ho, qui campe un père déchiré par le meurtre de sa fille, demande à l’assassin la permission de le tuer. Le jeune homme, sourd et pauvre, a kidnappé la fille de ce riche homme d’affaires pour payer la greffe de reins de sa soeur, mourante. Bien sûr, tout le monde sera perdant. Dans ce contexte d’une noirceur extrême, chaque intention, même si elle n’est pas louable, est du moins intelligible. Il pose donc la question universelle de la justification de la violence, socialement inacceptable, individuellement plus compréhensible. Et c’est là que Park Chan-wook dérange le plus. Non, il ne fait pas une apologie de la violence, ni ne tente de la justifier. Il met juste les hommes en face d’une réalité surréaliste, qui prend corps jusque dans le formalisme de ses plans. Car dans des situations extrêmes, la loi du talion semble inéluctable.


Poétique de la sauvagerie

 

 

Si le réalisateur coréen met en scène une crudité et des mutilations souvent difficiles, la violence n’est jamais gratuite. Elle est tempérée par un humour noir né du mélange des genres auquel se livre Park Chan-wook, dont les films sont toujours hybrides. ‘Sympathy for Mister Vengeance’ débute comme un drame social et glisse doucement vers le film noir. ‘Old Boy’assume son côté trash et crée une surenchère dans l’horreur psychologique quand on croyait avoir dépassé le seuil de tolérance. Quand Oh Dae-soo croit se libérer par la vengeance, il s’aliène d’autant plus car il finit par ressembler à ce bourreau détesté. ‘Lady Vengeance’, qui clôt le triptyque avec un protagoniste féminin, nous montre une rédemption impossible, car personne ne sort indemne de la cruauté. Park Chan-wook affectionne les paroxysmes lyriques et l’exagération. Mais même dans les scènes les plus dures, des incursions comiques surgissent un peu partout, comme des fleurs dans un champ de mines. Bien sûr, ces drôleries ne le sont jamais tout à fait, et l’on rit jaune. Complexes au niveau scénaristique aussi bien qu’esthétique, ses films ne sont jamais manichéens ; les genres s’interpénètrent, la forme mimant le fond, montrant que rien n’est unilatéral. Si cela est particulièrement visible dans sa trilogie de la vengeance, c’est que le parti pris scénaristique est plus explicite et radical. Car, bien que divers dans leur tonalité, chaque film du cinéaste réinvente le film de genre, souvent porté par une sorte de fantaisie atroce qui suggère le second degré, et lui permet de tout montrer. Cet humour omniprésent permet de montrer le désespoir et la folie humaine sous ses angles les plus bouffons et les plus pathétiques. A l’image de ce personnage grotesque dans ‘Sympathy for Mister Vengeance’, employé viré qui se fait un pseudo-seppuku (1) devant son patron. Ce que nous dit Park, c’est que le désespoir est risible, et que de toute façon, mieux vaut en rire ; la pilule passe mieux.


Fantaisies sanglantes

 

 

 

Sa manière originale de mélanger des genres qui s’excluent a priori - comme les insertions d’éléments comiques dans des scènes d’une violence extrême - lui permet de créer une distanciation esthétique froide qui dénonce l’artifice et temporise la brutalité. Son esthétique se charge de poésie pour auréoler de beauté la monstruosité même, dévoilant l’ambivalence des êtres. A l’image de la belle Geum-ja, ange ensanglanté de ‘Lady Vengeance’ qui veut rester pure comme la neige mais finira entachée. A mesure que les âmes s’assombrissent, la couleur disparaît de la pellicule, pour ne laisser qu’un amer rictus teinté de noir et de blanc. Car l’homme croit se libérer de sa souffrance en martyrisant le coupable, mais ne fait que précipiter sa chute. En magnifiant ces destructions par des plans sublimes, Park Chan-wook nous fait éprouver de l’empathie envers les bourreaux aussi bien qu’envers les victimes. Son credo pourrait être ce poème de Baudelaire : “Je suis la plaie et le couteau, Je suis le soufflet et la joue, (...) et la victime, et le bourreau !” (2) Ces personnages sont d’ailleurs interchangeables, chacun traumatisant l’autre en son heure dans des plans stylisés où les images expriment le ressenti des personnages. Il reprend d’ailleurs les mêmes acteurs d’un film à l’autre, ce qui accroît cette impression de vases communicants. C’est sans doute pour cela que ses images sont souvent muettes, tant elles se suffisent à elles-mêmes. Car les silences sont d’autant plus éloquents que la contemplation mime les déterminations sourdes.


Entracte

 

 

C’est pourquoi l’étonnant - le détonant - ‘Je suis un cyborg’semble arriver comme un cheveu sur la soupe dans une oeuvre assez noire. Le réalisateur sort ainsi de ses propres sentiers, en traitant ses thématiques récurrentes par un biais nouveau : la comédie. Histoire d’amour fou traitée sur le mode de la fable poético-délirante, ‘Je suis un cyborg’ est aussi décalé que ses autres films, et l’on retrouve des êtres obsessionnels aux accès de violence incontrôlable. Mais la dimension onirique, si légère, détourne la gravité du cadre de l’hôpital psychiatrique, pris à revers. Comme l’esthétique parkienne n’est jamais monolithique, il dote sa comédie de scènes fulgurantes qui rappellent le combat final au bazooka et boule de feu du premier ‘Dead or Alive’ de Takashi Miike. Ainsi, ‘Je suis un cyborg’, offre une folie douce au réalisateur, une parenthèse de légèreté avant son prochain film noir ‘Evil Live’. Car l’unité de la filmographie de Park Chan-wook est dans cette démonstration magistrale de la fragilité humaine, qu’il expose par un déchaînement de violence (‘Lady Vengeance’, ‘Old Boy’) ou par une folie fantaisiste (‘Je suis un cyborg’). Révélant que dans des situations insoutenables, chaque homme est un assassin en puissance, et que les plus fous ne sont jamais ceux que l’on croit.

Par l’originalité de son esthétique qui mêle violence, poésie onirique et humanité, Park Chan-wook choque autant qu’il fascine. Le glauque, l’immoral et le beau qui imprègnent son oeuvre en font un cinéaste virtuose et l’un des chefs de file du cinéma coréen actuel, avec son confrère
Bong Joon-ho(‘Memories of Murder’, ‘The Host’) ou encore Kim Jee-woon(‘2 soeurs’, ‘A Bittersweet Life’). Gageons que le renouveau du cinéma de genre viendra du Pays du matin calme.

(1) Suicide rituel japonais, connu en Occident sous le terme impropre de Hara Kiri.
(2) Baudelaire, L’Héautontimorouménos, ‘Les Fleurs du Mal’.


Sophie de La Serre pour Evene.fr - Décembre 2007

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