Mystic River est un film réalisé par Clint Eastwood, sorti en 2003.
Synopsis
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Ce qui suit dévoile des moments clés de l’intrigue.
Jimmy, Sean et Dave sont trois amis d'enfance, mais un jour Dave est enlevé par deux pédophiles sous les yeux de ses deux amis impuissants. Les ravisseurs abusent de Dave pendant quatre jours jusqu'à que ce dernier réussisse à leur échapper. Une vingtaine d'années plus tard, alors que les trois amis ont suivi des voies différentes, leurs chemins vont à nouveau se croiser lors d'un autre événement tragique : le meurtre de Katie, la fille de Jimmy.
Fiche technique
- Titre : Mystic River
- Réalisation : Clint Eastwood
- Scénario : Brian Helgeland, d'après le roman de Dennis Lehane
- Production : Clint Eastwood, Judie Hoyt, Robert Lorenz et Bruce Berman
- Société de production : Warner Bros. Pictures
- Budget : 30 millions de dollars
- Musique : Clint Eastwood et Kyle Eastwood (chansons Cozmo et Black Emerald Blues)
- Photographie : Tom Stern
- Montage : Joel Cox
- Décors : Henry Bumstead
- Costumes : Deborah Hopper
- Pays d'origine : États-Unis
- Format : Couleurs - 2,35:1 - DTS / Dolby Digital / SDDS - 35 mm
- Genre : Drame, thriller
- Durée : 137 minutes
- Dates de sortie : 23 mai 2003 (festival de Cannes), 15 octobre 2003 (Belgique, États-Unis, France, Suisse)
- Film interdit aux moins de 12 ans lors de sa sortie en France, et aux moins de 14 ans en Suisse (canton de Genève) et au Canada
Distribution
- Sean Penn (VF : Emmanuel Karsen) : Jimmy Markum
- Tim Robbins (VF : Bruno Choel) : Dave Boyle
- Kevin Bacon (VF : Philippe Vincent): Sean Devine
- Laurence Fishburne (VF : Paul Borne) : Sergent Whitey Powers
- Marcia Gay Harden (VF : Maïté Monceau) : Celeste Boyle
- Laura Linney (VF : Ivana Coppola): Annabeth Markum
- Eli Wallach : Mr. Loonie
- Kevin Chapman (VF : Philippe Peythieu) : Val Savage
- Tom Guiry : Brendan Harris
- Emmy Rossum (VF : Agathe Schumacher) : Katie Markum
- Spencer Treat Clark : Silent Ray Harris
- Andrew Mackin : John O'Shea
- Adam Nelson : Nick Savage
- Robert Wahlberg : Kevin Savage
- Jenny O'Hara : Esther Harris
- John Doman : Driver
- Jonathan Togo : Pete
Autour du film
- Sean Penn a reçu l'Oscar du meilleur acteur pour son interpétation de Jimmy Markum.
- Tim Robbins a reçu l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation de Dave Boyle.
- Le film a obtenu le César du Meilleur Film étranger.
- Eastwood fait tourner deux de ses actrices fétiches : Laura Linney, six ans après Les Pleins pouvoirs et Marcia Gay Harden, trois ans après Space Cowboys. Celles-ci se retrouveront l'année suivante dans P.S.
Tournage
Le tournage a eu lieu entre le 26 septembre 2002 au 17 novembre 2002.
(Source : wikipédia)
ON
ENTERRE NOS PECHES,
ON
NE LES EFFACE PAS

Nouvelle merveille signée Clint Eastwood et adaptée du roman éponyme de Dennis Lehane, Mystic River est une tragédie profondément américaine, s’interrogeant sur les marques que laisse un acte de violence sur sa victime et son environnement. Au premier plan, un meurtre; celui de Katie, la fille de Jimmy Markum – interprété par Sean Penn. Composant tout en finesse, Penn incarne parfaitement ce personnage torturé par une douleur intense, dont il est contraint d’accepter les conséquences. Alors qu’il essaye de l’apprivoiser, il se laisse consumer par un désir obsessionnel de vengeance qui ne sera assouvi qu’une fois qu’il aura trouvé et tué le coupable. Pour mener l’enquête: Sean Devine (Kevin Bacon qui signe une prestation sobre, intériorisée, remarquable et déconcertante), le seul des trois camarades à avoir quitté leur quartier d’enfance. Reconverti en inspecteur de police criminelle, sa vie se résume à aller d’un corps ensanglanté à un autre, tel un vampire monotone. En toile de fond, un viol; celui de Dave Boyle. Secret, renfermé, toujours sur la défensive, le trauma qu’il a subi dans son enfance l’a transformé en zombie errant. Jouant de son physique, Tim Robbins apporte une certaine humanité à ce personnage totalement anéanti. Ces trois protagonistes sont inévitablement liés par ces drames. Ils subissent chacun de leur côté une lente torture, sorte de maladie incurable révélée lors de l’enlèvement de Dave, et qui s’est étalée sur vingt-cinq longues années. Le passé qui les hante rattrape soudain le présent dans lequel ils se débattent pour se créer un avenir incertain. Comme dans Impitoyable, la fatalité dévastatrice guide les héros sur une voie sans retour. Se transformant en personnages "eastwoodiens" par excellence, ils doivent apprendre à composer avec les aléas de la vie, l’âge et leur entourage.
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Derrière
ces trois fantômes humains, trois femmes s’activent
dans l’ombre pour essayer de prendre part à leur
existence, voire dans certains cas la diriger. Lauren Devine (Tory
Davis) a quitté son mari et le harcèle jour et nuit
par téléphone. Rarement présente physiquement
- ni même oralement puisqu’elle reste inlassablement
muette derrière le combiné - elle représente
une agression morale pour Sean, le consumant peu à peu, le
laissant en proie à tous les doutes et idées noires
qui le rongent. Annabeth Markum et Celeste Boyle ont dans un
premier temps une fonction de liant entre leurs deux maris.
Cousines germaines issues d’une grande famille mafieuse,
elles établissent un double lien entre les deux hommes qui
ajoute une tension supplémentaire à leur relation.
Annabeth Markum (surprenante Laura Linney) est un personnage
à fort caractère. Fière, toujours sur ses
gardes, elle a une influence primordiale sur son mari, allant
jusqu’à prendre contrôle de la situation face
à l’épuisement et l’égarement de
Jimmy. Telle une Lady McBeth (à noter l’analogie des
noms) elle l’élève au statut de roi dans un
monologue final étourdissant. A l’opposé,
Celeste Boyle, interprétée tout en nuance par la
talentueuse Marcia Gay Harden, se voit submergée par les
évènements. Face à un mari absent et
énigmatique, avec lequel toute communication est impossible,
elle est obligée de faire marcher son imagination, causant
sans le vouloir la perte de celui qu’elle tente de
protéger. Alors qu’elle n’a pas vécu, ni
même eu connaissance, de l’épisode traumatique
qui a volé la jeunesse de Dave, Jimmy et Sean, elle en est
l’une des victimes au même titre
qu’eux.
THERE ARE STORIES A RIVER CAN
TELL

Gardienne de tous
ces secrets, à la fois menaçante et accueillante, la
Mystic River du titre coule en arrière plan de
l’œuvre. Symbole de Boston, elle cache en elle toute la
violence de cette ville, qui apparaît peu à peu comme
un élément déterminant de l’intrigue. Le
quartier d’enfance des trois hommes, dans lequel habitent
toujours Dave Boyle et Jimmy Markum, est marqué dès
le début du film par un esprit communautaire très
fort. C’est un lieu qui a sa propre conscience, sa propre
identité, ses propres lois, le tout conditionnant
l’existence de ses habitants. Il devient un protagoniste
à part entière, un microcosme oppressant qui joue un
rôle significatif dans les rapports entre les trois anciens
camarades. Dans cette optique, le personnage de Whitey Powers
(Laurence Fishburne) se pose comme un observateur de cette
communauté et des évènements qui la
bouleversent. Policier noir américain débarqué
en territoire irlandais dominé par la mafia, il
représente l’étranger venu de nulle part pour
dénouer une situation conflictuelle que l’on retrouve
dans la plupart des films du réalisateur. C’est
grâce à sa complicité subtile avec son
partenaire Sean Devine qu’il parvient à accéder
à ce monde fermé. Tout en restant objectif, il essaye
de comprendre et de découvrir les secrets que cache cette
Mystic River.
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Pour
compléter cette ambiance bostonienne véhiculée
aussi bien par les rapports entre les personnages que par leur
accent, Clint Eastwood a créé une certaine
atmosphère de décadence, soulignant l’aspect
dramatique et mystique de la situation. L’automne
précoce de la Nouvelle-Angleterre avec ses chutes de
feuilles, son froid glacial et ses pluies incessantes apportent
à l’action ce climat particulier de
décrépitude. Les robes légères de
première communion laissent place aux lourds manteaux
sombres d’hiver. Le climat suit l’intrigue,
imprègne ses personnages. Les jours raccourcissent, ne
laissant bientôt place qu’au crépuscule et
à ses fantômes. Ce dernier point est accompagné
par un travail très précis de Tom Stern (le chef
opérateur) sur les éclairages. Alors que Sean Devine
et Whitey Powers avancent dans leur enquête mettant à
jour tous les secrets du quartier, la lumière
s’assombrie. La nuit tombe sur un nouvel acte de violence,
remettant en route le cercle inexorable du destin. Cette importance
de la luminosité est un point récurrent dans la
carrière de Clint Eastwood. Tous ses films sont
chargés d’un jeu incessant avec les éclairages
comme éléments constitutifs d’une ambiance
particulière.
LE CLASSICISME DE LA
NOUVEAUTE

Cette
intrigue puissante à la texture complexe est
merveilleusement accompagnée par une réalisation
classique et épurée. Signant une mise en scène
limpide, permettant de suivre le moindre rebondissement, Clint
Eastwood pousse son art jusqu’à ses limites, sans
jamais tomber dans le trop-plein de sentiments ou le surplus
d’effets. En témoigne le dénouement de la
sublime scène d’affrontement entre Dave Boyle et Jimmy
Markum. Un éclat de lumière blanche pour
résumer en un électrochoc tous les tenants et
aboutissants du drame que viennent de vivre ces personnages. Il
propose un travail d’une grande virtuosité sur la
valeur des cadres et l’enchaînement des plans. Alors
qu’il filme une histoire intime, il garde une certaine
distance par rapport à ses sujets, jouant sur
l’alternance entre proximité et éloignement. A
de nombreuses reprises, il filme certaines scènes en prises
de vues aériennes comme pour signifier un œil
extérieur omniscient, un être suprême qui
dirigerait le destin de tous ces individus. Une marque de
réalisation caractéristique du cinéaste.
S’étant contenté de rester derrière la
caméra, le maître fait également preuve
d’une direction d’acteurs irréprochable. Chaque
réplique sonne juste, chaque mouvement est à sa
place. Le tout est accompagné d’une sublime musique en
totale adéquation avec le sujet, écrite et
interprétée par Clint Eastwood lui-même et son
fils Kyle. Une unité qui fait de Mystic River un réel
chef d’œuvre, et sûrement l’un des
meilleurs films du réalisateur.
Julie
Anterrieu

