





Mystic River est un film réalisé par Clint Eastwood, sorti en 2003.
Jimmy, Sean et Dave sont trois amis d'enfance, mais un jour Dave est enlevé par deux pédophiles sous les yeux de ses deux amis impuissants. Les ravisseurs abusent de Dave pendant quatre jours jusqu'à que ce dernier réussisse à leur échapper. Une vingtaine d'années plus tard, alors que les trois amis ont suivi des voies différentes, leurs chemins vont à nouveau se croiser lors d'un autre événement tragique : le meurtre de Katie, la fille de Jimmy.
Le tournage a eu lieu entre le 26 septembre 2002 au 17 novembre 2002.
(Source : wikipédia)
ON
ENTERRE NOS PECHES,
ON
NE LES EFFACE PAS

Nouvelle merveille signée Clint Eastwood et adaptée du roman éponyme de Dennis Lehane, Mystic River est une tragédie profondément américaine, s’interrogeant sur les marques que laisse un acte de violence sur sa victime et son environnement. Au premier plan, un meurtre; celui de Katie, la fille de Jimmy Markum – interprété par Sean Penn. Composant tout en finesse, Penn incarne parfaitement ce personnage torturé par une douleur intense, dont il est contraint d’accepter les conséquences. Alors qu’il essaye de l’apprivoiser, il se laisse consumer par un désir obsessionnel de vengeance qui ne sera assouvi qu’une fois qu’il aura trouvé et tué le coupable. Pour mener l’enquête: Sean Devine (Kevin Bacon qui signe une prestation sobre, intériorisée, remarquable et déconcertante), le seul des trois camarades à avoir quitté leur quartier d’enfance. Reconverti en inspecteur de police criminelle, sa vie se résume à aller d’un corps ensanglanté à un autre, tel un vampire monotone. En toile de fond, un viol; celui de Dave Boyle. Secret, renfermé, toujours sur la défensive, le trauma qu’il a subi dans son enfance l’a transformé en zombie errant. Jouant de son physique, Tim Robbins apporte une certaine humanité à ce personnage totalement anéanti. Ces trois protagonistes sont inévitablement liés par ces drames. Ils subissent chacun de leur côté une lente torture, sorte de maladie incurable révélée lors de l’enlèvement de Dave, et qui s’est étalée sur vingt-cinq longues années. Le passé qui les hante rattrape soudain le présent dans lequel ils se débattent pour se créer un avenir incertain. Comme dans Impitoyable, la fatalité dévastatrice guide les héros sur une voie sans retour. Se transformant en personnages "eastwoodiens" par excellence, ils doivent apprendre à composer avec les aléas de la vie, l’âge et leur entourage.
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Derrière
ces trois fantômes humains, trois femmes s’activent
dans l’ombre pour essayer de prendre part à leur
existence, voire dans certains cas la diriger. Lauren Devine (Tory
Davis) a quitté son mari et le harcèle jour et nuit
par téléphone. Rarement présente physiquement
- ni même oralement puisqu’elle reste inlassablement
muette derrière le combiné - elle représente
une agression morale pour Sean, le consumant peu à peu, le
laissant en proie à tous les doutes et idées noires
qui le rongent. Annabeth Markum et Celeste Boyle ont dans un
premier temps une fonction de liant entre leurs deux maris.
Cousines germaines issues d’une grande famille mafieuse,
elles établissent un double lien entre les deux hommes qui
ajoute une tension supplémentaire à leur relation.
Annabeth Markum (surprenante Laura Linney) est un personnage
à fort caractère. Fière, toujours sur ses
gardes, elle a une influence primordiale sur son mari, allant
jusqu’à prendre contrôle de la situation face
à l’épuisement et l’égarement de
Jimmy. Telle une Lady McBeth (à noter l’analogie des
noms) elle l’élève au statut de roi dans un
monologue final étourdissant. A l’opposé,
Celeste Boyle, interprétée tout en nuance par la
talentueuse Marcia Gay Harden, se voit submergée par les
évènements. Face à un mari absent et
énigmatique, avec lequel toute communication est impossible,
elle est obligée de faire marcher son imagination, causant
sans le vouloir la perte de celui qu’elle tente de
protéger. Alors qu’elle n’a pas vécu, ni
même eu connaissance, de l’épisode traumatique
qui a volé la jeunesse de Dave, Jimmy et Sean, elle en est
l’une des victimes au même titre
qu’eux.
THERE ARE STORIES A RIVER CAN
TELL

Gardienne de tous
ces secrets, à la fois menaçante et accueillante, la
Mystic River du titre coule en arrière plan de
l’œuvre. Symbole de Boston, elle cache en elle toute la
violence de cette ville, qui apparaît peu à peu comme
un élément déterminant de l’intrigue. Le
quartier d’enfance des trois hommes, dans lequel habitent
toujours Dave Boyle et Jimmy Markum, est marqué dès
le début du film par un esprit communautaire très
fort. C’est un lieu qui a sa propre conscience, sa propre
identité, ses propres lois, le tout conditionnant
l’existence de ses habitants. Il devient un protagoniste
à part entière, un microcosme oppressant qui joue un
rôle significatif dans les rapports entre les trois anciens
camarades. Dans cette optique, le personnage de Whitey Powers
(Laurence Fishburne) se pose comme un observateur de cette
communauté et des évènements qui la
bouleversent. Policier noir américain débarqué
en territoire irlandais dominé par la mafia, il
représente l’étranger venu de nulle part pour
dénouer une situation conflictuelle que l’on retrouve
dans la plupart des films du réalisateur. C’est
grâce à sa complicité subtile avec son
partenaire Sean Devine qu’il parvient à accéder
à ce monde fermé. Tout en restant objectif, il essaye
de comprendre et de découvrir les secrets que cache cette
Mystic River.
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Pour
compléter cette ambiance bostonienne véhiculée
aussi bien par les rapports entre les personnages que par leur
accent, Clint Eastwood a créé une certaine
atmosphère de décadence, soulignant l’aspect
dramatique et mystique de la situation. L’automne
précoce de la Nouvelle-Angleterre avec ses chutes de
feuilles, son froid glacial et ses pluies incessantes apportent
à l’action ce climat particulier de
décrépitude. Les robes légères de
première communion laissent place aux lourds manteaux
sombres d’hiver. Le climat suit l’intrigue,
imprègne ses personnages. Les jours raccourcissent, ne
laissant bientôt place qu’au crépuscule et
à ses fantômes. Ce dernier point est accompagné
par un travail très précis de Tom Stern (le chef
opérateur) sur les éclairages. Alors que Sean Devine
et Whitey Powers avancent dans leur enquête mettant à
jour tous les secrets du quartier, la lumière
s’assombrie. La nuit tombe sur un nouvel acte de violence,
remettant en route le cercle inexorable du destin. Cette importance
de la luminosité est un point récurrent dans la
carrière de Clint Eastwood. Tous ses films sont
chargés d’un jeu incessant avec les éclairages
comme éléments constitutifs d’une ambiance
particulière.
LE CLASSICISME DE LA
NOUVEAUTE

Cette
intrigue puissante à la texture complexe est
merveilleusement accompagnée par une réalisation
classique et épurée. Signant une mise en scène
limpide, permettant de suivre le moindre rebondissement, Clint
Eastwood pousse son art jusqu’à ses limites, sans
jamais tomber dans le trop-plein de sentiments ou le surplus
d’effets. En témoigne le dénouement de la
sublime scène d’affrontement entre Dave Boyle et Jimmy
Markum. Un éclat de lumière blanche pour
résumer en un électrochoc tous les tenants et
aboutissants du drame que viennent de vivre ces personnages. Il
propose un travail d’une grande virtuosité sur la
valeur des cadres et l’enchaînement des plans. Alors
qu’il filme une histoire intime, il garde une certaine
distance par rapport à ses sujets, jouant sur
l’alternance entre proximité et éloignement. A
de nombreuses reprises, il filme certaines scènes en prises
de vues aériennes comme pour signifier un œil
extérieur omniscient, un être suprême qui
dirigerait le destin de tous ces individus. Une marque de
réalisation caractéristique du cinéaste.
S’étant contenté de rester derrière la
caméra, le maître fait également preuve
d’une direction d’acteurs irréprochable. Chaque
réplique sonne juste, chaque mouvement est à sa
place. Le tout est accompagné d’une sublime musique en
totale adéquation avec le sujet, écrite et
interprétée par Clint Eastwood lui-même et son
fils Kyle. Une unité qui fait de Mystic River un réel
chef d’œuvre, et sûrement l’un des
meilleurs films du réalisateur.
Julie
Anterrieu

Tom Sawyer

Huckleberry Finn

Le vagabond, comme tout le monde l’appelle, est en réalité un petit garçon qui a appris à se débrouiller seul dans la vie suite aux déficiences de ses parents: la mort de sa mère et l’état alcoolique de son père qui a fini anéanti après la mort de sa femme. C’est l’un des deux personnages qui symbolisent le mieux l’enfance et c’est pour cette raison que ses propres aventures sont spécialement narrées par Mark Twain dans un livre séparé portant son nom. Habillé toujours dans les mêmes habits en loque, notamment un charmant petit chapeau troué en haut, il vit dans une petite cabane en haut d’un arbre et vit de manière très naturelle en attrapant tout ce qu'il peut dans la nature. Cependant, il ne supporte pas que sa liberté soit menacée et s’enfuit dès qu'elle l'est. C’est de très loin le meilleur ami de Tom qui fut le premier à jouer avec lui et grâce à qui Tom obtient la considération des autres enfants. Bien que ce soit essentiellement Tom qui narre l’histoire, Huck pourrait tout aussi bien en être le héros.

Cette jeune fille arrive à St Petersburg au début de la série quand son père Edouard emménage pour faire office de juge dans la communauté. Très soignée et coiffée avec deux petites nattes rousses, elle représente elle aussi une certaine insouciance de l’enfance telle qu’on peut la vivre dans une famille aisée, sans jamais avoir le moindre souci matériel. Elle est très rapidement séduite par Tom comme il l’est par elle, et malgré son caractère très féminin, elle n’hésitera pas à se jeter tête baissée derrière lui dans plusieurs de ses aventures.
Tante Polly

Une dame d’une cinquantaine d’années au grand cœur qui a décidé de prendre à sa charge les deux enfants de sa sœur décédée. Elle sera donc une mère pour Tom et Syd. Elle est très stricte dans son attitude et dans l’éducation qu’elle donne aux enfants. Malgré les énormes difficultés que pose Tom, celui-ci dissimule un cœur en or et elle exprime un grand amour pour ces enfants qu’elle considère comme les siens.
Sid Sawyer

Le jeune frère de Tom a une personnalité qui lui est totalement opposée. Son caractère studieux est matérialisé par sa paire de lunettes qu’il porte en permanence (sans lesquelles il est totalement myope), ses cheveux courts, ses habits propres et sobres et le fait qu’il passe son temps à lire. Bien qu’il soit un peu cafteur et pleurnichard comme beaucoup d’enfants de son âge, il fait preuve d’une grande bonne volonté et rappelle souvent à son frère ce qu’il doit faire quand celui-ci oublie. Il est également fasciné par son aîné et toutes les histoires inventées que celui-ci raconte notamment sur son trésor, un ramassis d’objets insolites à chacun desquels est associée une histoire délirante.
Mary

La fille de Tante Polly, elle est peut-être le personnage le plus parfait de toute la série. Elle est d’une gentillesse à toute épreuve, toujours souriante et compréhensive, toujours en train d’aider sa Tante. Elle apparaît seulement au troisième épisode de retour d’un voyage d’un mois à St Louis. La vocation d’infirmière qu’elle se découvre pendant la série est bien la preuve de son dévouement.
Jim

L’esclave noir de la famille, une grande attention est portée à la manière dont il est traité pour des raisons de correction vis à vis des enfants dans la série télévisée. Il apparaît donc en permanence comme un grand frère serviable, toujours à disposition et souriant, proposant son aide à la famille. Il faut savoir lire entre les lignes de l’attitude stricte de tante Polly envers lui pour avoir un semblant d’idée de son statut d’esclave. Sinon, il s’occupe de toutes les tâches du foyer qui nécessitent l’intervention d’un homme. A noter que Tom semble le traiter comme un homme et il n’hésitera pas à braver des interdits pour lui rendre service quand celui-ci en aura vraiment besoin.
Arthur O'Connor

C'est un pilote de ballon dirigeable qui fait des recherches pour la défense Américaine. Il est invité chez Tante Polly par Mary qui tombe petit à petit amoureuse de lui, et réciproquement.
Ben Rogers

Dans toute classe d’école romancée, il y a le jeune garçon un peu enveloppé, bien pataud et généralement assez gâté par ses parents. Dans l’univers de Tom Sawyer, il s’agit de Ben Rogers, le bon ami de Tom du fait qu’il s’est de lui même placé dans son sillage protecteur. Bien sûr, il manque de courage pour faire ce qui est interdit, et c’est souvent Tom qui lui en procure pour arriver à ses fins. Il est un peu vantard et aimerait plus que tout susciter la même admiration que Tom auprès des autres élèves de la classe.
Jeff Thatcher

Un cousin de Becky qui joue le rôle du grand cafteur de l’école, toujours à dénoncer Tom dès que celui-ci fait une bêtise et qui de plus, n’hésite pas à avoir recours à des moyens déloyaux pour discréditer Tom.
Joe Harper
Joe Harper est un des meilleurs amis de Tom. Sa coupe de cheveux va changer au cours de la série.
Emily
La jeune fille auprès de laquelle Tom Sawyer fait le joli cœur avant l’arrivée de Becky, elle le considère comme un très bon ami et partage régulièrement son déjeuner avec lui. Il la considère comme sa fiancée pendant un temps, mais le personnage est très effacé dans la version animée.
Lisette
Une très jeune fille qui a été vendue par son père à une troupe de comédiens. Ceux-ci exploite sa jeunesse mais ils la traitent tout à fait correctement. Lorsque la troupe vient faire une représentation dans la ville, elle se lie d’amitié avec tous les enfants et notamment Huck qui éprouve une certaine admiration. Syd également, tombe amoureux d’elle.
Mr Dobbins
L’Instituteur de la classe de Tom dans la petite ville de St Petersburg, il a un air studieux et sévère, bien que lui non plus ne soit pas présenté de manière fondamentalement mesquine malgré les coups de bâton répétés qu'il assène à Tom à chaque fois que celui-ci fait une bêtise… ce qui n’a pas l’air de l’affecter beaucoup outre le fait qu’il ne les apprécie évidemment pas. Il espère obtenir son diplôme de médecine en le préparant seul et c’est pourquoi il laisse souvent quartier libre aux enfants pour travailler pendant qu’il prépare son examen. Il porte une perruque et quand Tom l’apprend, il utilise ce fait pour se venger du châtiment trop cruel qu’il a infligé à toute la classe.
Joe l'indien
Un géant impressionnant qui passe pour le voyou du village, il fait une peur bleue aux enfants. Il est d’ailleurs mis en scène de manière impressionnante à chaque fois qu’il apparaît. En plus de cela, Joe est toujours à l’affût de richesses et n’hésite pas à se lancer dans plusieurs mauvais coup. Il emblématise la figure du mauvais de l’histoire et il apparaît dans de très nombreux épisodes de la série.
Le docteur
Il est le médecin de famille.Véritable ivrogne,il perdra presque tous ses clients après l'arrivée d'un jeune médecin,le docteur Robinson.
Muff Potter
Un vieil ivrogne de la ville qui n’a pas vraiment un fond méchant mais n’hésite pas à traîner avec quiconque lui offrira un peu d’argent où à boire, et notamment Joe l’Indien. Il incarne l'image du brave gars, dépassé par la société dans laquelle il vit.
Cezar
Le chien de Becky a une fonction assez prévisible d’élément comique, au sens où il n’arrête pas de poursuivre Tom en aboyant chaque fois qu’il le voit, ce qui introduit un obstacle supplémentaire aux rencontres de Tom et de la jeune fille qu’il aime tant.
(Source : planetetomsawyer.free.fr)
Old Boy est un film réalisé par Park Chan-wook, sorti en 2003.
Kang Hye-jeong : Mi-do
Kim Byeong-ok : Mr Han
Ji Dae-han : No Joo-hwan
Oh Dal-su : Park Cheol-woong
Lee Seung-shin : Yoo Hyung-ja
Yun Jin-seo : Lee Soo-ah
Oh Kwang-rok : l'homme qui se suicide
(Source : Wikipédia)
Révélé au grand public par
‘Old Boy’, Grand Prix du Jury l’année
où Tarantino présidait Cannes, Park Chan-wook est un
réalisateur polymorphe dont le style déroute.
Toujours là où on l’attend le moins,
après s’être fait un nom dans le cinéma
noir, il s’essaie maintenant à la comédie
décalée avec ‘Je suis un cyborg’.
L’occasion de revenir sur l’un des cinéastes
majeurs de la nouvelle vague
sud-coréenne.
La rage des désespérés

Affectionnant les personnalités multiples et
habité d’un goût certain pour le
bizarre,Park
Chan-wookdote tous ses films de
configurations extrêmes où il montre la
réversibilité des êtres et du monde. Il filme
les inadaptés, qu’ils soient fous, détenus,
handicapés ou chômeurs.
Seul‘Joint Security
Area’semble déroger
à la règle. Réalisé sur commande en
2001, c’est ce film qui lui a permis d’avoir les fonds
nécessaires pour sa trilogie de la vengeance, projet
qu’il mijotait depuis un moment sans trouver de financement.
Mais à y regarder de plus près, ‘JSA’
soulève la même question de la perception : pourquoi
devrais-je haïr cet homme ? Parce qu’on me dit de le
faire, parce qu’il est mon bourreau ? Mais qui est alors la
victime ? Ici, le biais est politique, puisqu’il s’agit
d’un Nord-Coréen qui se lie d’amitié avec
l’ennemi, qu’il voit chaque soir en secret dans la zone
de sécurité qui divise le pays en
deux.
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Cette
question trouve un écho, social cette fois,
dans ‘Sympathy for Mister
Vengeance’, où le
magnifique Song
Kang-ho, qui campe un père déchiré
par le meurtre de sa fille, demande à l’assassin la
permission de le tuer. Le jeune homme, sourd et pauvre, a
kidnappé la fille de ce riche homme d’affaires pour
payer la greffe de reins de sa soeur, mourante. Bien sûr,
tout le monde sera perdant. Dans ce contexte d’une noirceur
extrême, chaque intention, même si elle n’est pas
louable, est du moins intelligible. Il pose donc la question
universelle de la justification de la violence, socialement
inacceptable, individuellement plus compréhensible. Et
c’est là que Park Chan-wook dérange le plus.
Non, il ne fait pas une apologie de la violence, ni ne tente de la
justifier. Il met juste les hommes en face d’une
réalité surréaliste, qui prend corps jusque
dans le formalisme de ses plans. Car dans des situations
extrêmes, la loi du talion semble inéluctable.
Poétique de la
sauvagerie

Si le
réalisateur coréen met en scène une
crudité et des mutilations souvent difficiles, la violence
n’est jamais gratuite. Elle est tempérée par un
humour noir né du mélange des genres auquel se livre
Park Chan-wook, dont les films sont toujours hybrides.
‘Sympathy for Mister Vengeance’ débute comme un
drame social et glisse doucement vers le film
noir. ‘Old
Boy’assume son
côté trash et crée une surenchère dans
l’horreur psychologique quand on croyait avoir
dépassé le seuil de tolérance. Quand Oh
Dae-soo croit se libérer par la vengeance, il
s’aliène d’autant plus car il finit par
ressembler à ce bourreau
détesté. ‘Lady
Vengeance’, qui clôt le
triptyque avec un protagoniste féminin, nous montre une
rédemption impossible, car personne ne sort indemne de la
cruauté. Park Chan-wook affectionne les paroxysmes lyriques
et l’exagération. Mais même dans les
scènes les plus dures, des incursions comiques surgissent un
peu partout, comme des fleurs dans un champ de mines. Bien
sûr, ces drôleries ne le sont jamais tout à
fait, et l’on rit jaune. Complexes au niveau
scénaristique aussi bien qu’esthétique, ses
films ne sont jamais manichéens ; les genres
s’interpénètrent, la forme mimant le fond,
montrant que rien n’est unilatéral. Si cela est
particulièrement visible dans sa trilogie de la vengeance,
c’est que le parti pris scénaristique est plus
explicite et radical. Car, bien que divers dans leur
tonalité, chaque film du cinéaste réinvente le
film de genre, souvent porté par une sorte de fantaisie
atroce qui suggère le second degré, et lui permet de
tout montrer. Cet humour omniprésent permet de montrer le
désespoir et la folie humaine sous ses angles les plus
bouffons et les plus pathétiques. A l’image de ce
personnage grotesque dans ‘Sympathy for Mister
Vengeance’, employé viré qui se fait un
pseudo-seppuku (1) devant son patron. Ce que nous dit Park,
c’est que le désespoir est risible, et que de toute
façon, mieux vaut en rire ; la pilule passe mieux.
Fantaisies
sanglantes
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Sa
manière originale de mélanger des genres qui
s’excluent a priori - comme les insertions
d’éléments comiques dans des scènes
d’une violence extrême - lui permet de créer une
distanciation esthétique froide qui dénonce
l’artifice et temporise la brutalité. Son
esthétique se charge de poésie pour auréoler
de beauté la monstruosité même,
dévoilant l’ambivalence des êtres. A
l’image de la belle Geum-ja, ange ensanglanté de
‘Lady Vengeance’ qui veut rester pure comme la neige
mais finira entachée. A mesure que les âmes
s’assombrissent, la couleur disparaît de la pellicule,
pour ne laisser qu’un amer rictus teinté de noir et de
blanc. Car l’homme croit se libérer de sa souffrance
en martyrisant le coupable, mais ne fait que précipiter sa
chute. En magnifiant ces destructions par des plans sublimes, Park
Chan-wook nous fait éprouver de l’empathie envers les
bourreaux aussi bien qu’envers les victimes. Son credo
pourrait être ce poème de Baudelaire : “Je suis
la plaie et le couteau, Je suis le soufflet et la joue, (...) et la
victime, et le bourreau !” (2) Ces personnages sont
d’ailleurs interchangeables, chacun traumatisant
l’autre en son heure dans des plans stylisés où
les images expriment le ressenti des personnages. Il reprend
d’ailleurs les mêmes acteurs d’un film à
l’autre, ce qui accroît cette impression de vases
communicants. C’est sans doute pour cela que ses images sont
souvent muettes, tant elles se suffisent à
elles-mêmes. Car les silences sont d’autant plus
éloquents que la contemplation mime les
déterminations sourdes.
Entracte

C’est pourquoi l’étonnant - le
détonant - ‘Je suis un
cyborg’semble arriver comme un
cheveu sur la soupe dans une oeuvre assez noire. Le
réalisateur sort ainsi de ses propres sentiers, en traitant
ses thématiques récurrentes par un biais nouveau : la
comédie. Histoire d’amour fou traitée sur le
mode de la fable poético-délirante, ‘Je suis un
cyborg’ est aussi décalé que ses autres films,
et l’on retrouve des êtres obsessionnels aux
accès de violence incontrôlable. Mais la dimension
onirique, si légère, détourne la
gravité du cadre de l’hôpital psychiatrique,
pris à revers. Comme l’esthétique parkienne
n’est jamais monolithique, il dote sa comédie de
scènes fulgurantes qui rappellent le combat final au bazooka
et boule de feu du premier ‘Dead or Alive’
de Takashi
Miike. Ainsi, ‘Je suis un
cyborg’, offre une folie douce au réalisateur, une
parenthèse de légèreté avant son
prochain film noir ‘Evil Live’. Car
l’unité de la filmographie de Park Chan-wook est dans
cette démonstration magistrale de la fragilité
humaine, qu’il expose par un déchaînement de
violence (‘Lady Vengeance’, ‘Old Boy’) ou
par une folie fantaisiste (‘Je suis un cyborg’).
Révélant que dans des situations insoutenables,
chaque homme est un assassin en puissance, et que les plus fous ne
sont jamais ceux que l’on croit.
Par l’originalité
de son esthétique qui mêle violence, poésie
onirique et humanité, Park Chan-wook choque autant
qu’il fascine. Le glauque, l’immoral et le beau qui
imprègnent son oeuvre en font un cinéaste virtuose et
l’un des chefs de file du cinéma coréen actuel,
avec son confrère
Bong
Joon-ho(‘Memories of
Murder’,
‘The
Host’) ou
encore Kim
Jee-woon(‘2
soeurs’,
‘A Bittersweet
Life’). Gageons que le renouveau du
cinéma de genre viendra du Pays du matin calme.
(1)
Suicide rituel japonais, connu en Occident sous le terme impropre
de Hara Kiri.
(2) Baudelaire, L’Héautontimorouménos,
‘Les Fleurs du
Mal’.
Sophie de La Serre pour Evene.fr - Décembre 2007